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Entretien avec Bernadette Laclais, députée-maire de Chambéry engagée dans la transition énergétique.

 

Les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer dans l’essor des énergies renouvelables et la transition énergétique. Bernadette LACLAIS, députée-maire de Chambéry, revient sur l’engagement du territoire en faveur des EnR...

 

                                                           

 

 

En quoi la ville de Chambéry fait-elle figure d’exemple en matière d’énergies renouvelables ?

 

La ville de Chambéry est souvent citée pour tout ce qui relève des énergies renouvelables, en raison de son passé et de ses actions au quotidien dans ce domaine. Tout d’abord, il y a l’histoire de notre territoire avec l’hydro-électricité et la construction des grands barrages structurants en Savoie.

 

Plus récemment, notre territoire s’est illustré dans le développement d’une autre forme d’énergie renouvelable, le solaire, avec le fort soutien des élus et de notre collectivité. En 2005, nous avons inauguré la plus grande centrale photovoltaïque de France de l’époque. Cela représente aujourd’hui un pôle de compétitivité avec l’université de Savoie et ses filières d’enseignements dédiés, des entreprises spécialisées situées dans le bassin chambérien et enfin, l’Institut national de l’énergie solaire (INES) créé à quelques kilomètres de Chambéry.

 

A l’échelle de la ville, Chambéry s’est dotée depuis 2006 d’un agenda 21. Le développement durable étant un processus d’amélioration permanente, une actualisation a été réalisée récemment sous l’impulsion d’Henri Dupassieux, adjoint au maire chargé du développement durable, et nous y avons inscrit le plan climat énergie territorial (PCET) de notre ville. Nous avons adhéré à la démarche européenne de la convention des maires et à l’engagement des 3x20 en 2020 : moins de 20 % de consommation d’énergie, moins 20 % de rejet de CO2, et 20 % d’énergies renouvelables en 2020.

 

Après avoir été plusieurs fois primés pour la présence du solaire photovoltaïque et thermique sur notre territoire, nous avons engagé en 2013 la démarche de labellisation européenne CIT’ERGIE, un label destiné aux collectivités qui souhaitent contribuer activement à améliorer leur politique énergie durable.

 

Les exemples de l’implication de la ville de Chambéry en la matière sont nombreux et nous espérons qu’ils donnent des idées aux autres. Comme nous-mêmes, n’hésitons pas à nous enrichir des avancées réalisées par d’autres acteurs en France et en Europe.

 

De quelle façon les collectivités territoriales peuvent-elles contribuer à la transition énergétique ?

 

En montrant l’exemple, en commençant par faire tous les efforts qui s’imposent à nous dès lors que l’on souhaite prendre nos responsabilités vis-à-vis des générations futures :

 

  •  Au niveau de la consommation, dans les dépenses de fonctionnement : audit de la flotte de véhicules et achat de véhicules électriques, audit énergétique de l’éclairage public, sensibilisation des différents publics sur les économies d’énergie, nous avons ainsi obtenu une baisse de 19 % de nos consommations de chauffage depuis 2006.

 

  • Au niveau de la diversification des sources d’énergie : accroissement de la part d’énergies renouvelables dans les consommations énergétiques de la collectivité, avec un des plus importants réseaux de chauffage urbain de France. Ce réseau de chaleur est alimenté par une usine d’incinération ainsi qu’à une chaufferie biomasse de 7 MW. Une seconde chaufferie biomasse de 2x8MW devrait être mise en service en 2015, ce qui permettra d’atteindre un taux de couverture de 68 % par les énergies renouvelables et de récupération. Cette démarche me paraît particulièrement intéressante car elle contribue également à baisser le coût de la chaleur pour les usagers grâce à la réduction du taux de TVA issue du Grenelle de l’environnement, qui permet de garantir le coût de la chaleur sur le long terme.

 

Les collectivités peuvent avoir un rôle très concret dans la sensibilisation de leurs très nombreux partenaires comme des habitants. A Chambéry, l’espace info énergie qui est hébergé à la maison des énergies, construite par la ville en 2003, prête du matériel aux habitants afin qu’ils puissent réaliser une thermographie de leur logement. Nous travaillons aussi avec nos bailleurs de logements sociaux et nous avons déjà conclu plusieurs contrats spécifiques (BEA) pour des installations solaires photovoltaïques sur des bâtiments publics. Nous avons également mis en œuvre un dispositif d’aides pour encourager l’investissement dans le solaire thermique et photovoltaïque. Ainsi, nous sommes depuis plus de dix ans « champions de France du solaire thermique » pour les villes de notre catégorie.

 

 

Vous vous êtes récemment intéressée à la filière bois énergie en tant que députée, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Oui effectivement, j’ai saisi au moyen d’une question écrite le Ministre de l’économie et des finances de la question de  l’évolution de la TVA sur le bois de chauffage dans le cadre de la préparation du Projet de Loi de finances 2014.

 

En effet, même si j’ai évidemment conscience du contexte budgétaire tendu, il me semble néanmoins que les filières relatives aux énergies renouvelables doivent faire l’objet d’une attention particulière. Dans une région comme la notre, le développement d’une filière bois biomasse peut être un champ de solidarité intéressant entres les villes et les massifs qui les entourent.  C’est un réel enjeu de développement pour nos territoires forestiers.

 

Ces filières ont besoin de conditions favorables  pour pouvoir se généraliser et asseoir leur développement dans la durée. Elles ont aussi besoin de stabilité. J’ai à l’esprit les terribles soubresauts qu’a dû affronter la filière solaire photovoltaïque,  il y a quelques années lors d’un changement brutal de politique publique. Les conséquences en termes d’emploi et de survie des entreprises ont été terribles. Je prône donc une politique fiscale incitative et stable.

 

Quelles sont vos attentes concernant la future loi sur la transition énergétique ?

 

A l'issue d'une large concertation nationale sur la transition énergétique, des lignes forces ont été avancées par le président de la République et le Premier ministre lors de la conférence environnementale de septembre dernier : des outils la contribution climat énergie, la réduction de la TVA sur la rénovation énergétique, la réduction de 30 % des énergies fossiles en 2030, la diversification de notre bouquet énergétique...

 

Au-delà, je pense que ce projet de loi et le débat qu'il permettra d'ouvrir au Parlement sera  l’occasion de resituer les grands enjeux, d’identifier les défis que nous avons à relever dans les prochaines années et de faire partager largement la problématique à l'ensemble de nos concitoyens, car nous sommes tous concernés dans les différentes sphères de nos vies dans nos foyers, nos lieux d'activité, nos modes de fonctionnement...Il y a toutes une série d’actions qui méritent d'être déclinées et une responsabilité que nous devons assumer collectivement.

 

 

Depuis 2006, Qualit’EnR contribue à l’amélioration des pratiques professionnelles dans l’habitat résidentiel : quelle importance accordez-vous à la qualité d’installation des systèmes à énergies renouvelables ?

 

A Chambéry, nous avons établi  une  charte : Construire, Réhabiliter et Aménager durable. Notre Ville s'engage ainsi à respecter l'environnement dans tous les projets dont elle est maître d'ouvrage et invite les équipes de maîtrise d'œuvre, le coordonnateur en matière de sécurité et de protection de la santé, les programmistes et les entreprises à faire de même.

Cette démarche a évidemment vocation à essaimer. Les entreprises que  nous faisons travailler dans cet état d’esprit sont amenées à mettre en œuvre ces même bonnes pratiques demain, lorsqu’elles travailleront pour d’autres commanditaires. C’est parfois par les contraintes imposées par les collectivités et par leurs clients que les entreprises adaptent leur mode de fonctionnement. Elles acquièrent ainsi un savoir-faire qu’elles pourront demain proposer à de futurs interlocuteurs.

Le  domaine des installations à énergies renouvelables est en plein essor, les technologies évoluent  très vite. Comme c’est un marché attractif,  il est essentiel de pouvoir disposer de garanties sur la qualité des intervenants et du travail réalisé.  La performance des dispositifs alternatifs doit se confirmer dans la durée : il est essentiel pour la crédibilité à moyen et long terme de ces filières que nous travaillions tous à soutenir et à développer la qualité d’installation.

 

Source: Qualit'EnR

Crédit image: c.laforgue