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Entretien avec Jacques Bucki, maire engagé pour la transition énergétique...



Vous êtes d’abord le maire d’une ville plusieurs fois récompensée pour sa politique énergétique...

Lambesc est effectivement une commune engagée dans le développement des énergies renouvelables et l’intégration des préoccupations environnementales.

Cela a commencé en 2008, avec le projet-pilote Premio porté par EDF et la région PACA. Il s’agit du premier démonstrateur de réseaux électriques intelligents (smart grid), qui seront généralisés à l’horizon 2050. Je me félicite de ce projet pour deux raisons : il a permis à EDF de développer son savoir-faire dans le domaine et il m’a également permis de développer ma réflexion personnelle sur les enjeux énergétiques.

J’ai également travaillé sur une installation photovoltaïque pour exploiter le potentiel solaire de la ville, située dans le Pays d’Aix, mais ce projet a été brutalement interrompu par le moratoire de 2010... Il n’en reste pas moins une expérience enrichissante : les opérateurs énergétiques ont tous proposé un contrat basé sur une location du terrain, mais nous avons pu créer une alternative beaucoup plus intéressante pour la ville sur le modèle d’un partenariat public-privé (PPP).

Ce modèle novateur, développé avec des techniciens et des juristes, a l’avantage d’offrir des revenus beaucoup plus importants à la commune. Ces ressources peuvent ensuite être réinjectés localement pour financer la rénovation énergétique, ce qui participe à une économie circulaire de l’énergie à laquelle je tiens. Le bénéfice des projets doit revenir aux citoyens et non aux actionnaires d’entreprises privées.


Quelle est votre vision de la transition énergétique ?

La transition énergétique est autant une nécessité qu’une opportunité. L’énergie est une problématique commune à de nombreux secteurs (habitat, transports, développement urbain, emploi...) mais je pense que l’on sous-estime son importance dans l’aménagement de la ville.

A Lambesc, nous avons choisi une approche environnementale de l’urbanisme avec un projet d’aménagement sur 20 ans. C’est une démarche globale et transversale qui intègre les préoccupations environnementales et énergétiques dans tous les projets d'urbanisme. La ville a d’ailleurs été retenue comme exemple fin 2013, lors des premières Rencontres de l’urbanisme durable.


Comment abordez-vous la rénovation énergétique de l’habitat ?

Les particuliers doivent être accompagnés dans la rénovation énergétique de leur logement, qui est un projet complexe pour eux. Il est nécessaire de les informer et de simplifier les démarches en rassemblant tous les acteurs dans un même lieu.

C’est à ce titre que je suis président de l’association Qualiconditionnalité, qui développe la Plate-forme de la rénovation : un portail gratuit et indépendant au service des territoires. Ce dispositif réunit tous les outils indispensables pour mener à bien un projet de rénovation : accompagnement technique, financement, référencement de professionnels qualifiés, garanties de performances...

L’idée est de mettre en place un phare qui guidera les particuliers à l’échelle locale. Pour aller plus loin, je souhaite la création de véritables Maisons de la rénovation et de l’habitat. Ce lieu unique regrouperait les acteurs institutionnels (ADIL, ANAH, EIE...) et les acteurs entrepreneuriaux (bureaux d’étude, assureurs, entreprises du bâtiment...) dans une forme de coopérative locale.


Quel est votre rôle en tant que représentant de l’Association des Maires de France (AMF) ?

Je participe aux réunions officielles et aux grands débats (Conférence  environnementale, Commission nationale de la transition énergétique...). Ces évènements ont permis d’éveiller les consciences sur la nécessité d’une transition énergétique. Ceci étant, en tant que chef d’entreprise je privilégie toujours l’action plutôt que la discussion.

Les débats permettent de faire émerger des idées communes mais la complexité du sujet requiert des outils financiers et juridiques innovants. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé la participation d’experts techniques avec des propositions concrètes de mise en œuvre. Le Ministre Philippe Martin m’a entendu à ce sujet : une réunion de ce type est prévue avec les ministères concernés. Il est primordial d’écouter les acteurs de terrain : ce sont eux qui permettent de transformer les idées en actions !


Et qu’attendez-vous de la future loi sur la transition énergétique, attendue pour cette année ?

J’attends beaucoup de cette loi de programmation mais selon moi, l’élément clé reste la création d’un établissement public régional de l’énergie. Ce dispositif permettrait d’accompagner les élus dans la transition énergétique de leur territoire, tout comme on accompagne les particuliers dans la rénovation de leur logement.

Composé d’experts très qualifiés, cet établissement régional doit apporter des solutions techniques aux collectivités locales sans négliger l’innovation. Couplé avec le développement de l’économie circulaire, le travail de cette structure rejaillira sur l’activité économique de toute la région. De quoi stimuler la transition énergétique en local tout en permettant à la région d’en tirer profit sur le plan économique...