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Entretien avec Pierre Radanne, Président de l'association 4D

Qualit’EnR a le plaisir de recevoir Monsieur Pierre Radanne, ancien Président de l’ADEME et expert en questions énergétiques, afin d’évoquer les actions en faveur des énergies renouvelables et de la transition énergétique...
 

« Il faut dépasser les débats d’experts et les divergences […] pour parvenir à une compréhension partagée par les populations. »

 

 

L’association 4D en bref : créée après le sommet de la Terre de Rio de 1992, elle construit un savoir et une expertise sur le développement durable et contribue à faire connaître ses enjeux. Elle développe son activité à l’international, comme au niveau national et local. Site web : www.association4d.org

 

Cette année, la France accueillera la 21e conférence internationale sur le climat, aussi appelée COP21 : en quoi est-ce un enjeu important ?

Tandis que le changement climatique s’amplifie, les engagements souscrits par les pays industrialisés pour 2020 s’avèrent nettement insuffisants y compris ceux trop isolés de l’Union européenne. Il est surtout essentiel d’empêcher un réchauffement qui dépasserait 2°C, car au-delà on sera en difficulté pour assurer l’alimentation de l’humanité dans les décennies à venir du fait de la forte chute des rendements agricoles, dans les zones tropicales notamment.

 

Le dernier rapport du GIEC de 2014 (groupement intergouvernemental des experts du climat) souligne que la nouvelle négociation sera en cela décisive. Si elle échoue, les effets de la trop forte émission de gaz à effet de serre seront irrémédiables. Il faut donc conclure un nouvel accord qui inclura tous les pays de la planète et souscrire de nouveaux engagements qui devront être cohérents avec une division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050.

 

C’est l’objectif fixé par les Nations Unies à la conférence de Paris de décembre. Avec aussi comme enjeu central la mobilisation de financements pour soutenir la transition énergétique et climatique des pays en développement. Ce qui est donc en jeu, c’est l’avancée de l’humanité toute entière vers une nouvelle voie de développement fondée sur l’efficacité de l’utilisation des ressources, la valorisation des énergies renouvelables et l’adaptation au changement climatique.

 

Que pensez-vous de la trajectoire nationale en matière de transition énergétique ? Quelle est la clé pour y parvenir ?

Au-delà de l’adoption de la loi, la réussite de la transition va se jouer sur quatre aspects décisifs :

 

Premièrement, la mobilisation de tous les acteurs : les entreprises mais aussi les ménages. C’est la condition de la réalisation des progrès d’efficacité énergétique, d’amélioration des comportements et de valorisation des énergies renouvelables. D’ailleurs, la quasi-totalité des équipements de production et de consommation d’énergie seront à remplacer dans les trois décennies qui viennent. La qualité des choix à effectuer nécessite un énorme effort d’explication et de débat sur le changement de modèle énergétique que le pays doit réaliser et un renforcement du rôle du citoyen. Il faut dépasser les débats d’experts et les divergences constatées dans le débat sur la transition énergétique pour parvenir à une compréhension partagée par les populations. Après l’adoption de la loi, c’est la mise en oeuvre par tous qui sera déterminante.

 

Deuxièmement, la mobilisation des collectivités locales car au-delà des techniques, cette transition énergétique nécessite une profonde évolution de gouvernance avec une coordination assurée par les régions. C’est la conséquence de ce qui précède. La demande des populations est avant tout à la fois de comprendre en quoi la transition énergétique et climatique va consister dans leur vie personnelle et en quoi elle va aider à l’amélioration concrète de l’économie de leur territoire.

 

Troisièmement, l’implication du secteur bancaire afin de soutenir ainsi l’activité et l’emploi dans les territoires. Je souligne d’ailleurs que le déficit du commerce extérieur concernant l’énergie a été ces dernières années de 70 milliards d’euros par an. C’est plus que le déficit global tous secteurs confondus. La transition énergétique constitue donc en pratique la plus importante réponse à la crise dont dispose notre pays avec la réhabilitation des bâtiments, la valorisation des énergies renouvelables dans les territoires, l’amélioration des choix et des comportements pour desserrer les contraintes financières sur les ménages, les entreprises et les collectivités et le désengagement des transports de leur dépendance pétrolière. Dans le contexte de contrainte très forte sur les budgets publics, l’implication du secteur bancaire par les professionnels des énergies renouvelables sera décisive. D’autant plus que le renouvellement des équipements de production électriques va nécessiter une forte hausse des tarifs électriques.

 

Enfin, le développement des énergies renouvelables se joue ensuite sur la structuration des filières : la diffusion, la mise en oeuvre professionnelle mais aussi la production des équipements. L’implication du secteur bancaire là encore en est la clé.

 

Depuis 2006, Qualit’EnR contribue à l’amélioration de la qualité d’installation dans les énergies renouvelables : quelle est votre perception de cette démarche ?

L’engagement des ménages et des multiples acteurs économiques se joue ensuite sur la confiance dans la qualité de mise en oeuvre par les entreprises réalisatrices des travaux d’efficacité énergétique et de valorisation des énergies renouvelables. Cela implique dans les territoires une meilleure organisation des filières. D’où l’importance des labels et des dispositifs de qualification.

 

Source : Qualit'EnR 

Crédits photo : Association 4D