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Entretien exclusif avec Emmanuelle Cosse, Ministre du Logement et de l'Habitat durable

Qualit'EnR a eu le plaisir de recevoir Emmanuelle COSSE, Ministre du Logement et de l'Habitat durable, pour évoquer les actions du Gouvernement en faveur des énergies renouvelables et de la transition énergétique. Détails...

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Depuis votre arrivée en février 2016, l'intitulé de votre ministère fait directement référence à l'habitat durable : faut-il y voir un tournant ?

Oui, pour une écologiste comme moi, il n’est pas anodin de faire intégrer l’habitat durable au Ministère du logement. Il ne s’agit pas d’un gadget sémantique pour « verdir » mon ministère, mais d’un engagement ancré dans mon expérience passée de vice-présidente en charge du logement au Conseil régional d’Ile-de-France.
Le Président de la République a bien voulu me donner cette feuille de route. Elle me guide au quotidien. Je veux ainsi que mon ministère soit celui du quotidien et du cadre de vie.

Le logement est devenu central dans le budget et dans l’organisation des ménages. Chacun doit pouvoir trouver et choisir un logement de qualité, respectueux de l’environnement et à des prix abordables. Cela signifie qu’on ne peut plus produire un logement sans réflexion sur la santé, le bien-être, les relations sociales, les transports...
C’est cela l’engagement de l’habitat durable : penser le logement en lien avec son environnement social et naturel, comme un écosystème.
J’ai relancé, par exemple, la Charte des ÉcoQuartiers. Je veux qu’elle intègre nos nouvelles exigences de vie (santé, nature en ville, convivialité, transports….).

Comment la COP 21 organisée en France se traduit-elle dans l'action du Gouvernement, notamment en matière de rénovation énergétique ?

L’accord de Paris est une réussite diplomatique mais aussi un formidable accélérateur pour mobiliser les acteurs, par exemple sur les questions de sobriété énergétique. En matière de rénovation énergétique, ce qui est bon pour la planète est profitable pour le portefeuille et le bien-être de tous les ménages.
La France, aux côtés de ses partenaires, a pris des engagements environnementaux forts et l’Etat exerce toutes ses responsabilités pour leur donner une transcription concrète et rapide au sein des politiques publiques.

Cela dit, les collectivités locales, les grands acteurs économiques et tous les pans de la société civile doivent se mobiliser pour faire des objectifs de la COP 21 des réalités tangibles pour les citoyens. Vivre mieux dans un environnement apaisé, un logement plus confortable et moins coûteux, une ville désirable, voilà le programme que nous devons proposer à nos concitoyens. C’est le sens de la démarche que j’ai initiée il y a quelques mois : « Pour le logement abordable et l’habitat durable, mobilisons les énergies ».

En effet, du côté du logement, le parc existant est la première source d’économie d’énergie et de réduction des émissions degaz à effet de serre. Un tiers des résidences principales a une très faible qualité thermique (étiquette F ou G). Pour cela, la récente loi transition énergétique a rappelé nos ambitions en la matière : rénover plus de 500 000 logements par an d’ici 2017, dont la moitié pour des ménages modestes.
Sur ce point, les études le montrent, il nous faut encore amplifier nos efforts pour atteindre cet objectif. Il existe des freins que nous sommes en train d’identifier.
L’offre de travaux de rénovation, par exemple, demeure trop atomisée et sectorielle (isolation, chauffage, toiture, etc.). Faute d’un accompagnement global par des professionnels, les ménages ont du mal à se projeter et à « phaser » les travaux nécessaires dans leurs habitations. L’accélération de la rénovation énergétique passe, notamment, par une meilleure structuration de cette offre de travaux.

J’ai voulu mobiliser les énergies pour un logement abordable et un habitat durable. C’est pourquoi je lance, avec l’Association des Régions de France, une mission sur le déploiement dans les territoires d’un véritable service public de l’efficacité énergétique. J’engage, avec les collectivités locales et les professionnels de la construction, une démarche sur la mise en place de « plateformes de la rénovation énergétique ». Ces plateformes visent à grouper particuliers demandeurs de travaux et prestataires afin de réduire les coûts et d’augmenter la qualité des travaux réalisés.

De telles plateformes peuvent être, par exemple, particulièrement utiles dans des zones résidentielles confrontées à des problématiques similaires en termes de rénovation. Je structure l’offre en ingénierie et en travaux, notamment, par la montée en compétences de la maitrise d’oeuvre privé (architectes, bureaux d’études, entreprises générales du bâtiment, etc.).
Je mets en réseau les acteurs qui portent les ambitions de rénovation énergétique dans les territoires, à travers un club national des initiatives locales pour la rénovation énergétique.
Je soutiens enfin le développement de sociétés de tiers financement pour accompagner les copropriétés fragiles dans le financement de leurs travaux de rénovation énergétique.

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Les principales aides de l'Etat sont réservées aux travaux réalisés par des entreprises "RGE" : qu'attendez-vous de cette mesure ?

Il faut saluer la dynamique RGE. Actuellement 45 700 entreprises sont labellisées, soit près de 380 000 personnes. Par domaine, nous en sommes donc à plus de 78 000 entreprises. Donc pratiquement un tiers des travailleurs dans le domaine du bâtiment sont RGE ce qui représente un poids considérable.

Avec les ambitions portées dans le cadre de la COP 21 et la loi transition énergétique, l’éco-conditionnalité des aides à la rénovation est incontournable. Il faut que les ménages sachent qu’ils font des travaux de qualité avec des certitudes sur la mise en oeuvre des produits au regard de la performance énergétique de leur logement. La démarche RGE pour les entreprises est destinée à une cible précise : les maîtres d’ouvrage et les clients, qui ne prennent pas d’architecte, pas de bureau d’étude, ni de diagnostiqueur, et qui font appel à une entreprise pour réaliser des travaux.

Avec le label RGE, le client bénéficie de l’Eco PTZ et du CITE avec un engagement de qualité. Premièrement, l’entreprise propose et réalise des travaux de qualité selon les règles de l’art, mais avant ça, elle donne conseil sur des travaux d’efficacité énergétique avec une approche globale (isolation thermique, systèmes actifs, financement). Elle doit faire l’effort de regarder d’autres aspects que celui pourquoi elle a été appelée. C’est cette deuxième compétence que garantit le label RGE.
Ce que nous devons attendre d’un installateur RGE, c’est qu’il réalise des travaux d’efficacité énergétique de qualité, au juste prix, dans le but de générer confort et économies d’énergie.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux entreprise ?

La nouvelle réglementation environnementale va donner une place plus forte aux énergies renouvelables : il faut s’y préparer activement. C’est la qualité des installations et la satisfaction de leurs clients qui sera le meilleur vecteur de promotion des énergies renouvelables en France.
C’est la raison pour laquelle la labellisation RGE est importante. Elle ne fait pas à elle seule la qualité du professionnel, loin s’en faut. Mais elle contribue à renforcer l’image d’entreprises expertes sur leur domaine d’activité mais avec une ouverture sur le champ plus large de la performance énergétique.

Avec la mise en place très prochaine de l’expérimentation nationale sur les bâtiments à énergie positive, les entreprises d’installation d’énergies renouvelables devraient voir leur activité croître. Elles devront conseiller les ménages autant dans le choix de leur équipement que dans son pilotage et sa gestion.
Cet accompagnement est primordial pour bénéficier à plein régime du potentiel des énergies renouvelables.

Un dernier mot sur le bilan de Qualit'EnR, qui fête ses 10 ans ?

L’association Qualit’EnR a été créée pour aider les particuliers à trouver un professionnel compétent pour les conseiller et leur installer un système valorisant les énergies renouvelables.
A ce titre, Qualit’EnR a développé des qualifications spécifiques qui ont permis à ce jour de former plus de 75 000 professionnels, de réaliser plus de 25 000 audits d’installations et de délivrer plus de 15 000 qualifications RGE en 2015.

Ce bilan est extrêmement positif et témoigne de l’attrait des particuliers pour les énergies renouvelables. Il faut poursuivre cette dynamique, notamment, en continuant d’informer les particuliers et les professionnels sur toutes les innovations en matière de système de production d’énergie renouvelable.

 

L'intégralité de l'interview est visible dans le dernier numéro du journal Qualit'EnR infos - septembre 2016 

 

Crédit photo : A.Bouissou, MLHD