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Interview de Pierre Radanne, Président de l'association 4D, pour Qualit'EnR infos

Qualit’EnR reçoit Monsieur Pierre Radanne, expert en questions énergétiques et président de l’association 4D afin de revenir sur la récente COP21 et ses conséquences...
 
Pierre Radanne portrait
 

En quoi l'immense défi de la COP 21 a-t-il été relevé ?

La conférence de Paris a constitué une avancée décisive après une décennie d’enlisement consécutif au refus des Etats-Unis de ratifier le Protocole de Kyoto. Il s’en était suivi un désengagement relatif d’autres pays développés lors de la deuxième période d’engagement entre 2013 et 2020. L’Accord de Paris ouvre donc une nouvelle période avec des engagements qui iront jusqu’en 2030 et intégrant tous les pays de la planète : développés, émergents et en développement.

Cet accord comporte l’objectif de contenir le réchauffement en dessous de 2°C sinon 1,5° par rapport à la période préindustrielle. C’est là, un engagement exigeant puisque le réchauffement a déjà été de 0,85°C pendant le XXème siècle. Bien évidemment, maintenant le succès de l’Accord va se juger à la force de sa mise en oeuvre.
 
Les stratégies présentées aux Nations Unies par 187 pays pour 2030 mettent en évidence une voie nouvelle de développement à bas niveau de carbone qui soit aussi résiliente et adaptée au changement climatique déjà enclenché avec un désengagement progressif des combustibles fossiles ainsi globalement programmé pour le milieu du siècle.
 

Quelle est la prochaine étape ?

Ces stratégies nationales expriment clairement les grandes orientations : l’efficacité énergétique, la valorisation des énergies renouvelables, la qualité de construction et la réhabilitation du parc bâti actuel, l’adaptation de l’agriculture et le désengagement du secteur des transports de pétrole. Avec évidemment des écarts d’amplitude selon les pays. D’ailleurs, l’objectif de l’Union Européenne de réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport à 1990 n’a toujours pas été réparti entre ses états-membres.
Ce sera au programme du Conseil européen du mois de juin. L’important maintenant, c’est donc la mise en oeuvre.

Si le principe de la mobilisation de 100 milliards de dollars par an à l’horizon de 2020 de transfert nord-sud est acté, cela ne représente qu’une très faible part de ce qu’il faudra mobiliser.
Des tendances lourdes se dégagent déjà : de grands acteurs de l’énergie, des grandes entreprises, des collectivités locales sont en train de prendre le virage en direction des énergies renouvelables, partout dans le monde. Il va en résulter un accroissement massif des investissements, ce qui induira par effet de série une baisse des coûts des différentes filières.
 

Le prix du pétrole, en forte baisse ces derniers mois, est-il un obstacle ?

Le prix des combustibles fossiles a fortement baissé. Comme les dix dernières années de hauts prix des combustibles fossiles avaient entrainé une activité forte d’exploration notamment gazière, on se trouve face à une abondance de ressources alors que la demande mondiale est déprimée du fait d’une croissance économique mondiale faible.

Dans le futur, la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre devrait continuer à réduire progressivement la demande mondiale. Il en résulte une grande difficulté : des prix durablement 
bas des combustibles fossiles ne vont pas inciter à économiser l’énergie ou à valoriser les énergies renouvelables.

D’autres facteurs puissants interviennent en sens contraire : D’abord, la priorité à l’emploi qui pousse à la fois dans le sens de la valorisation des ressources locales et à la réhabilitation du patrimoine bâti. Il en est de même de la nécessité de généraliser le recyclage car les prix des matières premières non non énergétiques seront eux croissants.
Ensuite, des pays comme la Chine ou l’Inde sont confrontés à des problèmes majeurs de pollution de l’air dans les zones industrielles et les grandes villes, ce que leur population ne supporte plus. Cela les pousse à se désengager progressivement du charbon.
 

Quelle est la clé pour y parvenir ?

Le facteur décisif pour la réussite de lalutte contre le changement climatique va être le comportement du secteur bancaire. Après que 10.000 entreprises et grandes villes qui ont pris des engagements en marge de la conférence de Paris, la clé de leur mise en oeuvre est détenue par les acteurs financiers.

D’ailleurs, en mai dernier la compagnie de notation Standard and Poor’s a annoncé qu’elle noterait à la baisse les compagnies qui investissent massivement dans les combustibles fossiles et noterait à la hausse celles qui donnerait la priorité à l’efficacité énergétique et
aux énergies renouvelables. Comment les acteurs financiers vont-ils prendre en compte le changement de cours du mode de développement dans les décennies qui viennent ? Tel est l’enjeu.
 
Plus globalement, une avancée de nombreux pays vers une mutation technologique massive et simultanée est inédite dans l’histoire. C’est là un facteur de relance économique massive qui concerne à la fois le bâtiment, les transports, l’agriculture et la production d’énergie. La priorité doit aller à l’investissement et à l’emploi tant dans les pays du nord que ceux du sud. Clairement, une page nouvelle de l’histoire est à écrire.
 
Avec l’Accord de Paris, le futur a changé de direction.