Actualités > Bruno Lechevin nous parle de la transition énergétique et du développement des EnR

Bruno Lechevin nous parle de la transition énergétique et du développement des EnR

bruno-lechevin-ademe






Qualit'EnR donne la parole à Bruno Lechevin, Président de l'ADEME, afin de faire le point sur la transition énergétique en France et confirmer les enjeux liés au développement des énergies renouvelables...

 







On parle beaucoup de transition énergétique : où en est-on en France ?

Il y a beaucoup de signes très positifs qui montrent que la transition énergétique est bien engagée et que les acteurs, privés comme publics, se sont emparés du sujet avec la volonté d’agir. La loi de transition énergétique pour la croissance verte a permis de donner un coup d’accélérateur à toutes les dynamiques déjà en place, avec un effet d’entraînement incontestable.

Le mouvement est lancé, il faut l’amplifier en accélérant les réalisations concrètes, et en engageant toujours plus d’acteurs, sans oublier les publics précaires. La transition énergétique doit être l’opportunité de proposer des solutions performantes et économes à ces ménages.

Pour moi, la transition énergétique est donc véritablement engagée. Elle répond non seulement à une nécessité, celle de changer de modèle pour préserver notre planète, mais aussi à une attente des Français !
 

À l'échelle internationale, que retenez-vous de la COP22 de Marrakech ?

Je tiens d’abord à rappeler que l’Accord de Paris est entré en vigueur dans un délai record, avant même la tenue de la COP22 ! Cette Conférence des Parties a permis de réaffirmer la détermination des Etats à poursuivre leur démarche de transition vers un monde bas carbone. À ce jour, 129 Parties ont d’ailleurs ratifié l’Accord de Paris. La COP22 a également été l’occasion de progresser sur les alliances et les coalitions de l’Agenda mondial de l’action.

Ces initiatives témoignent de la mobilisation des acteurs non étatiques, sans lesquels nous ne pourrions atteindre nos objectifs climatiques. Alors bien sûr, le combat pour le climat doit continuer et la mobilisation doit être renforcée pour une mise en oeuvre rapide et ambitieuse de l’Accord de Paris.

Quels sont les enjeux actuels du développement des EnR ?

D’abord une bonne nouvelle : les filières EnR, électriques comme thermiques, sont de plus en plus compétitives.
C’est le principal enseignement du premier panorama complet des coûts des énergies renouvelables en France que nous venons de publier. Pour ne citer qu’un exemple, dans le photovoltaïque, les coûts ont été divisés par 6 entre 2007 et 2014 et on envisage une nouvelle baisse de 35% à l’horizon 2025.

Pour autant, l’enjeu de la baisse des coûts et de l’amélioration des rendements reste important, en particulier pour les filières les moins matures comme dans les énergies marines par exemple, qui nécessite le maintien de soutien financiers publics.
L’amélioration des performances environnementales des différentes filières est également un point d’attention, ce qui passe par des innovations en matière de procédés mais aussi d’éco-conception et de recyclage des équipements et composants. À moyen terme, il faut travailler aussi sur le stockage et la flexibilité des réseaux.

Dans tous ces domaines, l’ADEME soutient les innovations de l’amont avec les projets de recherche, à l’aval avec le soutien de démonstrateurs via le programme d’Investissements d’avenir que nous a confié l’Etat.
Mais si l’innovation technologique apparaît indispensable, elle s’avère insuffisante si elle n’est pas couplée à une logique d’appropriation ainsi que de changements comportementaux et organisationnels. Le financement participatif, qui revient à permettre aux collectivités et aux citoyens de prendre part à un projet sur leur territoire, est, à ce titre, un bon levier pour faciliter l’acceptabilité du projet, et aussi maximiser les retombées économiques du projet pour le territoire.

Quelle est la position de l'ADEME concernant l'évolution de la filière PV ?

Jusqu’à présent le système de soutien au photovoltaïque incitait le producteur d’électricité à injecter la totalité de sa production sur le réseau et à acheter à son fournisseur l’intégralité de sa consommation. Comparativement, l’autoconsommation comporte certains avantages notables. C’est pourquoi le gouvernement travaille sur un dispositif de soutien qui permettra de réduire la pression sur le réseau électrique, de diminuer les pertes de distribution et transport d’électricité grâce au rapprochement entre lieu de production et de consommation, et de sensibiliser le producteur à sa consommation d’électricité.

Pour l’ADEME, le développement de l’autoconsommation répond à une attente de la société de se réapproprier la production d’énergie et représente des opportunités à saisir. Il doit en effet permettre de développer les installations auto consommant la totalité de leur
production pour minimiser les impacts réseaux du PV dans les zones où le réseau est contraint. Le stockage par batterie, encore très onéreux, ne sera opportun à court terme que dans les territoires insulaires. Les secteurs tertiaires ou industriels ayant de fortes consommations d’électricité en journée sont aussi particulièrement bien adaptés à son développement.

Au niveau des particuliers, le développement de l’autoconsommation devrait s’accompagner d’une réduction de la taille des installations PV pour favoriser un taux d’autoconsommation élevé. Ces plus petites installations sont plus abordables et plus rapides à installer. Néanmoins, au vu de leur puissance plus faible, il sera nécessaire de revoir à la baisse les coûts fixes, souvent encore trop élevés, qui pourraient freiner la rentabilité de ces installations.

Parlez-nous de votre récente étude sur l'habitat de demain ?

Réussir notre transition énergétique passe par une mutation de l’habitat, qui doit devenir plus sobre et plus respectueux de l’environnement. S’il faut dès maintenant tenir compte de la raréfaction des ressources et du changement climatique, il est aussi indispensable de se pencher sur les évolutions de la société française et anticiper les modes de vie de demain. C’est certes un exercice complexe mais au combien passionnant !

L’ADEME a donc mené un travail prospectif pour imaginer à quoi pourrait ressembler un logement confortable et économe en 2050. Pour ne citer qu’un exemple, imaginons un immeuble collectif construit à la fin des années 2030 et géré par un bailleur social. Le bâtiment est à énergie positive, c’est-à-dire qu’il produit plus d’énergie électrique et/ou de chaleur qu’il n’en consomme, participant ainsi à la mutualisation des surplus pour l’ensemble des bâtiments du quartier interconnectés énergétiquement.

L’usager est au coeur de la conception : les pratiques de mutualisation sont courantes, et lors de l’emménagement, le bailleur a remis à chaque nouvel occupant un manuel numérique et interactif du bon usage du logement, qui contient des conseils sur la façon d’utiliser les
équipements pour faire des économies d’énergie, ne pas gaspiller l’eau et réduire ses déchets.
Les logements bénéficient d’un dispositif domotique dernier cri, ont été conçus selon les principes de l’architecture bioclimatique et dans une volonté de respecter l’environnement. Le bâtiment est construit avec de nombreux matériaux biosourcés, recyclés et des façades en bois. Une attention forte a été portée à l’éclairage naturel et au rafraîchissement passif des logements…

Avez-vous un message particulier pour les entreprises qualifiées ?

citation-bruno-lechevin-qei40La transition énergétique stimule les filières associées à la rénovation des bâtiments, aux équipements et à l’installation d’EnR pour le chauffage et l’eau chaude. C’est une formidable opportunité pour les professionnels du secteur.
Ils sont nombreux à jouer le jeu de la qualification et c’est très bien. Les exigences de performance et de qualité ne sont pas une contrainte supplémentaire mais bien une opportunité de remporter de nouveaux marchés et de réaliser de nouveaux bénéfices. La qualité est une nécessité pour créer la confiance et réaliser tout le potentiel dont je viens de parler. Dans un contexte économique où les
ménages sont plus réticents à investir, c’est essentiel qu’ils aient confiance.

Si l’on veut que la transition énergétique soit bénéfique pour tous, il faut, plus que jamais, oeuvrer à proposer des prestations de qualité. Il ne faut plus de contre-références.

 

L'intégralité de l'interview est disponible dans le dernier numéro du journal Qualit'EnR infos - mars 2017

 



Crédit photo : J.Chiscano, ADEME