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Photovoltaïque : la lumière est au bout du tunnel selon Philippe Malbranche, INES

Interview Philippe Malbranche

En exclusivité pour Qualit’EnR infos, Philippe Malbranche, Responsable des programmes du CEA à l’Institut National de l’Energie Solaire (l'INES), s'exprime sur l'état du marché photovoltaïque et ses perspectives d'avenir.

Interview…

Dans cette période difficile, quel est pour vous l’avenir du photovoltaïque en France ?

Je suis l’actualité politique comme tout le monde et le dossier énergie est un sujet politique de premier ordre. Si le nouveau gouvernement peut tenir ses engagements, il y a une potentialité de cha

 

ngement sur la politique énergies renouvelables.
De toute façon, sans être cynique, la filière PV ne peut que remonter.

 


Il est clair que l’objectif de 5,4 GW en 2020 n’est pas sérieux. Un plafonnement aussi bas pour une filière à haut potentiel est un signal négatif pour les investisseurs, les industriels, la recherche, etc.
Il doit être revu à la hausse comme le demandent tous les professionnels.

En attendant ce signal, l’espoir se situe dans le secteur du bâtiment. Les nouvelles normes et réglementations - maisons BBC, nouvelles RT, étiquettes énergétiques, etc - font le marché d’aujourd’hui et de demain. Par exemple, le fait d’intervenir globalement sur la toiture (isolation et installation de PV) permettra de créer des volumes de production d’électricité solaire de 1 à plusieurs GW par an. Le potentiel est immense…

Le facteur prix est déterminant sur le marché photovoltaïque. Où en est-on ?

La baisse des prix des produits photovoltaïques résulte de l’effet combiné des volumes et de l’innovation. Si, en 1990, le coût était de près de 10 €/Wc, il est tombé actuellement à moins d’1 €/Wc. Et ce n’est pas fini : il devrait passer sous la barre des 0,5 €/Wc en 2020, et autour de 0,30 €/Wc en 2030.
Ceci ne relève pas de l’incantation ou du fantasme : c’est une réalité pour demain.

Nous y arriverons grâce à plusieurs effets combinés : D’ici 2020, grâce à de nouveaux moyens de productions, le coût du silicium purifié sera divisé par 2.
Par ailleurs, la consommation de matériaux pour la production de panneaux sera moindre : 2 fois moins de silicium et remplacement de l’argent par le cuivre. Sans oublier l’amélioration du rendement de production : En laboratoire,
nous sommes déjà en route vers 22%. L’enjeu est de faire du haut rendement au coût des panneaux « classiques »
d’aujourd’hui.
Ce ne sont pas des évolutions techniques qui nous attendent, mais de vraies ruptures technologiques.

Toutes ces perspectives montrent que la fabrication de produits en France, c’est jouable : la part de main d’oeuvre ne
représentant que quelques pourcents, nous avons la capacité de produire compétitif sur le territoire.
 

Y a t-il des évolutions à prévoir concernant l’installation de système solaire photovoltaïque  ?



L’objectif est clair : faciliter l’installation.

Ceci passera par une profonde évolution des produits qui deviendront « multifonctions » : isolants, étanches, semi-transparents, ventilés, préfabriqués ou intégrés, etc.
Alors qu’aujourd’hui, le photovoltaïque peut être considéré comme une excroissance, en tout cas comme un ajout sur
une maison, à l’avenir, ce sera un produit élémentaire qui sera directement intégré dans les modules de construction : toiture, parois préfabriquées, murs en bois, etc. Il n’y aura ainsi plus de coût de pose supplémentaire pour le PV.

Bien que ces éléments totalement intégrés soient embryonnaires aujourd’hui, il est certain que nous ne sommes qu’au
début de ce mouvement.

Les installateurs devront vivre une nouvelle révolution dans leurs pratiques, en se faisant accompagner par la formation notamment…

 

Confirmez-vous que nous allons rapidement vers l’autoconsommation de l'électricité produite ?

Rapidement, non. Mais un jour, il sera effectivement plus intéressant financièrement de consommer sa production
que de la vendre : un retour au « consommer local ».

La véritable nouveauté sera plutôt dans la gestion de cette production. Il va falloir apprendre à avoir une demande en
phase avec la production photovoltaïque, et ce grâce à des systèmes de prévision et de déclenchements automatiques
d’appareils par exemple comme le chauffe-eau, le lave vaisselle ou le lave linge.
Ainsi, la part d’autoconsommation du photovoltaïque qui n’est que de 30% aujourd’hui quand on ne fait pas attention,
pourrait passer à 50% voire 70%.

Sans parler de systèmes de stockage qui feront leur entrée dans nos maisons à des coûts acceptables d’ici 10 à 20 ans,
et pourront nous rendre plus autonomes et beaucoup moins sensibles aux augmentations annoncées des prix de l’électricité…


"Produire compétitif en France, c'est jouable"

 


Source : Qualit'EnR
Crédit photo : Qualit'EnR/M.Malbranche