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Les énergies renouvelables face à la crise : avis de Rémi Chabrillat

Remi Chabrillat InterviewEn exclusivité pour Qualit’EnR infos, Rémi Chabrillat, Directeur adjoint Productions et Energies Durables à l'ADEME, s'exprime l'importance des mesures gouvernementales et la qualifications des professionnels dans le domaine des énergies renouvelables, face à l'augmentation continue du prix des énergies fossiles en période de crise.

Interview…

Dans ce contexte de crise économique, quel avenir pour les énergies renouvelables dans l’habitat individuel à court terme ?

 


Malgré la crise (qui a pu entraîner certaines baisses de consommation), on constate que les prix des énergies fossiles et de l’électricité continuent d’augmenter.

Cette tendance lourde contribue à rendre pertinentes les énergies renouvelables de manière générale, et tout
particulièrement leur utilisation dans l’habitat individuel.
En effet, dans ce secteur, les consommateurs disposent de peu d’options et la stabilité (ou la décroissance) des coûts des technologies des énergies renouvelables permet d’ouvrir les choix.

Par ailleurs, la mise en place progressive de la RT 2012 devra contribuer à renforcer la place des énergies renouvelables dans le neuf.
Reste incontestablement la difficulté du financement initial de technologies dont, globalement, les coûts de fonctionnement sont faibles mais les coûts d’investissements élevés, plus élevés en tout cas que ceux des solutions dites « classiques ».

Dans un contexte de crise économique où la raréfaction des financements et les inquiétudes pour l’avenir conduisent à limiter les investissements lourds, il est difficile d’anticiper les choix à venir des consommateurs. Il est d’autant plus important de continuer à proposer des dispositifs d’incitation, tout en renforçant la crédibilité des filières notamment en terme de qualité.

Les mesures incitatives du gouvernement (crédit d’impôt, éco-prêt à taux zéro, etc.) vous semblent-elles suffisantes pour une reprise de ces marchés ?

 


Premier constat, même si certaines ont été redimensionnées quant à leur niveau ou soumises à des conditions plus précises, les mesures incitatives du gouvernement concernant les énergies renouvelables ont globalement été
pérennisées malgré les difficultés budgétaires et dans un contexte défavorable à tout ce qui peut s’apparenter à une « niche fiscale ».
Ceci témoigne de l’importance attachée malgré tout au soutien du marché de l’habitat individuel, essentiel pour atteindre les objectifs du Grenelle Environnement.

Deuxième constat, bien que diminuées pour certaines dans leurs définition et dimensionnement, ces mesures restent
d’un niveau acceptable pour soutenir les marchés.

Troisième constat, elles s’inscrivent dans un contexte plus large de sensibilisation des citoyens et consommateurs à la nécessité de changer les modes de consommation énergétique pour répondre aux défis des changements climatiques ; cette toile de fond reste un facteur important du passage à l’acte.

Moyennant quoi il est évidemment impossible de prédire l’avenir, et notamment le poids de ces incitations face aux inquiétudes liées à la crise, et à leur impact sur les décisions d’investissement.

La qualification des professionnels va progressivement devenir obligatoire pour obtenir des aides publiques. Est-ce une bonne mesure selon vous ?

 


La mise en place d’une «conditionnalité» des aides publiques à la qualification des professionnels est de toute façon incontournable. Elle figure parmi les conclusions rendues publiques en décembre 2011, de la Table Ronde nationale sur l’Efficacité Energétique.

Au niveau européen, la directive sur les énergies renouvelables exige la certification des installateurs au plus tard le 31 décembre 2012 dans les secteurs de la biomasse, des pompes à chaleur, de la géothermie de surface, du photovoltaïque et du solaire thermique.

Moyennant quoi cette exigence constitue, de notre point de vue, une opportunité de renforcer le caractère incitatif de l’aide publique en y associant des garanties fortes sur la qualité d’installation des équipements.
En effet, la question de la qualité (ou de la non-qualité...) des équipements et de leur mise en oeuvre a été largement
pointée du doigt depuis quelques années, et largement utilisée pour la mise en cause – de bonne ou de mauvaise foi, là n’est pas la question – de certaines filières.

Tout ce qui permet d’afficher une exigence de qualité et, ce faisant, de crédibiliser les filières et les professionnels
qui y travaillent, va dans le bon sens.
Cette mesure oriente le marché vers la qualité, et devrait faciliter le passage à l’acte du consommateur : elle contribuera donc à soutenir le marché.


 

Source : Qualit'EnR
Crédit photo : R.Chabrillat/ADEME