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Andre Joffre : "Il faut libérer les énergies renouvelables et s’affranchir du cadre existant qui entrave leur essor."

Le 29/06/2018



 

ANDRE JOFFRE

Président de Qualit'EnR

Qualit’EnR infos donne la parole au Président de l'association pour échanger sur l'actualité des énergies renouvelables et les perspectives à plus long terme...


 

 

Vous allez rendre votre mandat de Président, quel bilan en tirez-vous ?

L’association s’est créée en 2006 sous l’impulsion de la Présidente de l’ADEME, l’actuelle directrice de cabinet du ministre Nicolas Hulot, qui souhaitait voir naître une entité dédiée à la qualité d’installation dans les énergies renouvelables afin d’accompagner leur développement en France. Je pense donc que la mission est accomplie puisque nous comptons aujourd’hui plus de 10 000 entreprises qualifiées et plus de 15 000 qualifications actives avec des signes de qualité connus et reconnus.

Je suis appelé à de nouvelles fonctions qui nécessitent de renoncer à mes autres mandats. Mais je quitte la présidence de Qualit’EnR le cœur léger, compte tenu de la bonne situation de l’association. Je continuerai par ailleurs à m’investir dans cette belle aventure : on ne peut jamais vraiment abandonner ce secteur passionnant des énergies renouvelables qui a le potentiel inédit de transformer en profondeur notre société.

Les EnR sont justement au cœur des orientations énergétiques du pays...

La filière est prête pour une révolution énergétique que les Français appellent de leurs vœux, il ne reste plus qu’à la permettre en adaptant le cadre réglementaire et législatif. Il en va pour les énergies renouvelables comme pour toutes les autres ruptures technologiques ou sociétales. Rappelons-nous que le futur n’est bien souvent que du présent à mettre en ordre.

Les énergies renouvelables sont au centre des réflexions actuelles. D’un côté, il y a le débat autour de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) dont les discussions laissent espérer des dispositions très favorables aux EnR. De l’autre, nous arrivons au terme du groupe de travail « solaire » mené par Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot. Cette initiative est une formidable opportunité pour lever les freins technico-administratifs qui brident le développement de la filière. Nous sommes en attente de dispositions concrètes tous azimuts…

Il faut libérer les énergies renouvelables et s’affranchir du cadre existant qui entrave leur essor. La filière doit s’épanouir, retirons-lui ce corset historique qui l’empêche de grandir. Ce n’est plus une question de financement avec la compétitivité grandissante de ces solutions. Et c’est d’autant plus souhaitable que la France pourrait s’ériger comme un leader mondial avec son savoir-faire dans le numérique.

 

"Il faut libérer les énergies renouvelables et s’affranchir du cadre existant qui entrave leur essor. La filière doit s’épanouir, retirons-lui ce corset historique qui l’empêche de grandir."

 

Les territoires sont les éclaireurs de la transition énergétique ?

Les collectivités territoriales ont bien compris que la transition énergétique apporte des réponses aux enjeux stratégiques auxquels elles doivent faire face : lutte contre le changement climatique, autonomie énergétique, résilience économique et écologique, investissements d’avenir, etc. Les énergies renouvelables en sont le fer de lance, offrant une réponse locale et vertueuse.

Les régions se sont particulièrement emparées du sujet de l’autoconsommation et leurs appels à projets dynamisent la filière en complément des appels d’offres nationaux. On perçoit clairement une aspiration à la décentralisation énergétique avec de nombreuses régions qui vise déjà l’objectif 100% EnR d’ici 2050. C’est une tendance lourde qui doit être prise en compte pour anticiper les évolutions inévitables de notre système énergétique. Il faut le comprendre et l’accepter au plus vite, plutôt que d’essayer de nager à contre-courant face à cette lame de fond sociétale.

Le salut peut-il venir de Bruxelles ?

C’est assez paradoxal mais oui, les décisions prises collectivement à l’échelle de l’Union européenne vont certainement bénéficier à l’épanouissement de la filière des énergies renouvelables. On a trop souvent l’habitude de considérer Bruxelles comme une entité technocratique qui vit dans sa bulle mais en l’espèce, un accord politique majeur a été obtenu le 14 juin dernier au terme de plus d’un an de négociations. Le Parlement européen est parvenu à infléchir la position de la Commission et du Conseil puisque l’Union européenne a finalement retenu l’objectif ambitieux de 32% d’énergies renouvelables d’ici 2030. C’est un bond en avant par rapport à l’objectif de 27% défini en 2014, d’autant que ce nouvel objectif pourra être revu à la hausse dès 2023.

Cette décision est le reflet d’une politique énergétique volontariste qui se dessine depuis quelques temps à l’échelle européenne et qu’on retrouve dans les nouveaux objectifs de performance énergétique des bâtiments. Elle guidera la révision de la directive EnR de 2009 ainsi que la définition d’une stratégie long-terme de l’UE, toutes deux prévues d’ici la fin d’année. L’Union européenne a compris que l’énergie est un des secteurs clé du XXIe siècle, couplé à celui du numérique.

Un dernier mot sur l’avenir de la filière EnR justement ?

Les prix des énergies fossiles s’affolent ces dernies temps : +40% pour le fioul en un an, +2% en juin pour les tarifs réglementés du gaz et +6,5% attendu au 1er juillet… Tous ces indicateurs constituent un signal-prix clair pour les Français et qui bénéficie aux énergies renouvelables, notamment le chauffage au bois et le solaire thermique. Du côté du photovoltaïque, les experts s’attendent à une nouvelle baisse des prix, fruit d’une surproduction pour le marché intérieur chinois et de nouvelles taxes sur les importations américaines. De son côté, l’Europe devrait tirer profit de cette situation alors que prennent fin les mesures anti-dumping mises en place en 2013 envers les produits solaires chinois.

Un nouvel écosystème électrique voit le jour avec les panneaux solaires, les véhicules électriques et l’essor du digital pour piloter la production, la consommation et la distribution mais aussi et surtout le partage des électrons. La voiture électrique va bouleverser les usages : quand elle ne roule pas, soit 95% du temps, ce n’est rien d’autre qu’une batterie de grande capacité (40 kW ou plus !) qui peut stocker de l’énergie et la restituer au moment opportun, en effaçant ainsi les pics de consommation. Et ce changement devrait s’accélérer : on s’attend à une baisse de 50% du prix des panneaux solaires et des batteries d’ici 5 ans.

Cette convergence entre le numérique et les énergies renouvelables va redéfinir les attentes envers les professionnels de l’énergie. Les qualifications de demain devront nécessairement évoluer alors que la notion de service prend le pas sur la production d’énergie en tant que telle. Nos entreprises doivent s’y préparer pour conserver leur place dans le futur face à l’apparition de nouveaux acteurs qui bousculent les codes. Il y aura toujours une place pour apporter de la valeur-ajoutée au client, encore faut-il accepter d’avancer en phase avec les besoins évolutifs de notre société. C’est le défi que nous devons relever tous ensemble dès aujourd’hui.

 

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans le Journal Qualit'EnR infos de juin 2018.